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Partie 3 : Comment soigne-t-on avec la radioactivité?


I – Curiethérapie

La curiethérapie est une pratique consistant à insérer une charge radioactive dans ou contre la partie tumorale. Cette méthode présente l'avantage de pouvoir délivrer une forte dose radioactive en peu de temps, sans trop altérer des cellules saines comme c'est le cas avec d'autres traitements car la précision de l’irradiation est extrêmement élevée.

En anglais, curiethérapie s'écrit brachytherapy, le préfixe brachy vient du grec et signifie proche. En effet, les charges radioactives sont physiquement installées au sein de la partie tumorale, elles bougent avec l'organe, on élimine ainsi le problème de la précision. Comme aucun autre organe n'est traversé, le problème de la dose délivrée aux organes sains est éliminé (cf ce schéma qui illustre l'impact d'une radiothérapie externe de la prostate sur les organes alentours : le colon, radiosensible, est coloré en vert, il est touché dans cette situation).
shéma

Ce shéma-ci dessous donne une comparaison des différentes techniques, avec à gauche la curiethérapie.

simulation des dose avec diférentes techniques

La personne n'a évidement pas subit trois interventions, il s'agit d'une simulation préparatoire comme en radiothérapie externe. La simulation permet au radiothérapeute de préparer le découpage de la zone tumorale observée par radiographie standard (avec maintenant des images en 3D). Le physicien se charge alors d'entrer les paramètre dans le logiciel qui contrôle la machine.

On privilégie largement cette méthode pour les cancers de la prostate, de l’utérus soit en raison de la plus grande facilité à traiter, soit en raison de la proximité avec des organes très radiosensibles. Cette technique de traitement constitue l’un des fleurons de la radiothérapie française, reconnue au niveau mondial avec pour figure de proue ses écoles de radiothérapie comme celles de Villejuif, de Nancy…

On remarque un véritable tournant dans l’histoire de la curiethérapie dans les années 1970-80 avec l’abandon du radon (gaz radioactif issu du radium) au profit de nouvelles sources radioactives artificielles pour des raisons de sécurité. En effet, si l’efficacité du radon n’était pas en cause, c’est le risque pour les chirurgiens et l’instabilité relative des tubes emprisonnant le gaz qui a poussé à son interdiction en 1976.


On utilise deux principaux types de curiethérapie, la curiethérapie interstitielle et l'endocavitaire :

1 - la curiethérapie interstitielle.

Elle consiste à insérer préalablement des tubes ou des aiguilles dans la tumeur pour ensuite accueillir les charges radioactives, généralement de césium 137 ou d’iridium 192 (à propos de ces isotopes...).

grain de césium

Le chirurgien installe donc avec précision les supports sans risque sur sa santé avant de placer les charges.

Deux procédures apparaissent en fonction des tumeurs à traiter:

a - Les implants permanents:

Utilisés dans le cadre de cancers de la prostate par exemple. Ce sont généralement des implants d’iode 125 radioactive. Cet isotope offre un débit de dose suffisamment faible pour permettre son implantation définitive, sa période d’efficacité (à ne pas confondre avec la demi-vie) est d’un an environ. C'est donc un faible débit de dose répartit sur une longue période. L'installation se fait à l'aide d'une matrice et sous contrôle d'une sonde échographique pour contrôler la position des charges (illustration en première page de ce document). Un mémoire publié en 2002 (lien) rapporte le succès de cette technique en monothérapie (ils sont intégralement traités par curiethérapie) réalisée sur 250 patients atteints d'un cancer de la prostate.


b - Les charges "mobiles" :

Elles sont insérées dans les supports placés précédemment au cours d'une intervention chirurgicale, mais peuvent être extraites lors des soins sur le patient, ce qui permet de protéger le personnel de l'hôpital. Ces supports sont généralement des aiguilles pouvant accueillir les fils d'iridium ou les grains de césium. Le retrait des charges ainsi que leur mise en place est effectué par des machines appelées projecteur de sources ou curietron. Cet appareil, sorte de boite plombée pour retenir les radiations, est relié au patient par des cathéters eux-mêmes reliés aux supports (généralement des aiguilles). http://www.oncoprof.net/Generale2000/g08_Radiotherapie/Photos/g08_index22.html
L'appareil est alors capable, sur demande, de rapatrier les charges du patient pour stopper le traitement. Actuellement, on utilise des sondes endorectales capables de visualiser en 3D la position des charges; les curietrons modernes enregistrent des paramètres de traitement et fournissent des débits de doses différents en fonction des besoins, si nécessaire avec un fractionnement du temps d'exposition (2x30 min plutôt qu'une heure)... Les cancers ORL bénéficient souvent de ce type de thérapie, ils sont en effet difficiles à traiter en raison de la présence d’organes radiosensibles (cerveau, cheveux, glandes salivaires). La souplesse des organes (lèvres...) peut aussi constituer une difficulté et impose un suivi du mouvement par la source radioactive. Un bon exemple sur ce site.

2 - La curiethérapie endocavitaire

La curiethérapie endocavitaire consiste à profiter de cavités naturelles du corps humain comme l’utérus, pour déposer des charges radioactives. Le cancer du col utérin est par exemple souvent soigné par cette technique, très pratique à mettre en place, elle ne nécessite en effet aucune incision, ce qui est avantageux pour les personnes sous traitement anticoagulant par exemple.
Une pièce moulée sur la forme de la cavité nommée applicateur, supporte les charges voir ici. Elle est insérée dans la partie du corps à traiter de sorte que l'applicateur suive les mouvements du corps aussi facilement que dans une curiethérapie interstitielle car il s'agit d'un applicateur fait sur mesure. Une ancienne technique consistait à enduire l'applicateur de produit radioactif pour délivrer la charge, mais cela restait moins précis qu' à présent. On utilise aujourd'hui un curietron pour soigner, ce qui reprend d'une certaine façon la méthode de la curiethérapie intersticielle.

3 - La curiethérapie métabolique

Comme son nom l'indique, elle agit grâce au comportement des cellules, et plus précisément grâce aux échanges des cellules avec le milieu. Pour donner un exemple précis, on peut revenir sur le triste accident de Tchernobyl. Les enfants qui se trouvaient dans la zone irradiée ont présenté un taux supérieur à la normale de dérèglements thyroïdiens, que l'on a associés à l'émission d'iode radioactive dans l'atmosphère. Ces enfants se trouvaient en effet en carence et l'on a constaté que la thyroïde avait absorbé cet iode radioactif. De simples injections d'iode normal ont permis d'en soigner certains, preuve que la thyroïde communique bien avec le milieu extérieur. De la même façon, les traitements de cancers thyroïdiens sont traités par injection d'iode radioactif. Celui-ci est absorbé et concentré au niveau de la glande et donc naturellement placé au bon endroit pour traiter. Ce type de traitement utilise des isotopes radioactifs émetteurs de particules Beta qui ont une faible pénétration des tissus et donc un impact négatif limité.

La curiethérapie nécessite tout de même une intervention chirurgicale et ne peut donc pas être facilement mise en place sur certains organes. D'autre techniques ont été développés pour profiter de la capacité des rayons à traverser la matière:


II - radiothérapie externe